| Patrice CUJO CENTRE CULTUREL TJIBAOU, Nouméa. Sur le thème général de l’Arc Mélanésien, Patrice Cujo affirme, en investissant les cartes de géographie, son attraction singulière pour les espaces intemporels que sont les îles : monde d’images, d’allégories, de métaphore . Il agit “par ordre de reconnaissance (car pour connaître il faut reconnaître) : Vanuatu hier, Calédonie aujourd’hui et demain, Fidji, Salomon, Papouasie après”. PATRICE CUJO :Mon travail interroge essentiellement le sens qu’occupe, dans la société mélanésienne, la parole - notamment dans son interprétation d’un espace-temps original.Une métaphore pourrait expliquer plus clairement ce qu’est le regard d’un européen comme moi sur cette civilisation : ce serait celle de l’observateur qui obstrue un oeil et capture l’autre dans sa main semi-fermée, de sorte que, en se déplaçant, le regard fixé sur le sol, toute notion de monde connu s’évanouisse au fur et à mesure de sa progression. Le changement de l’échelle de l’espace observé provoque alors un vertige tandis que cette vision macroscopique entraîne une perte d’équilibre. Ce déséquilibre est associé à la limite du langage qui ne peut nommer tout ce qu’induit ce nouveau paysage découvert par l’oeil. Un oeil icarien introduit alors simultanément le concept contemporain de l’autonomie de la peinture- comme un jeu de l’esprit - et celui d’un espace discursif du paysage. En référence à la Mélanésie, Patrice s’appuie sur deux idées : - “la parole précède le territoire et le territoire précède la société” - Joël Bonnemaison, - une “cosmophanie” qui, selon Augustin Berque, désigne “la permanente révélation du sens de l’univers dans les formes de leur monde et de la place de chacun dans ce monde” . Ce paysage joue un rôle de capteur. Quand on se promène en brousse, on est capturé par l’atmosphère d’un sentier, d’un lieu muet ou au contraire d’un lieu très chargé symboliquement et puis tout d’un coup ce lieu devient effectivement bavard parce que les gens vous expliquent un certain nombre de choses. Patrice considère la carte comme “un plan-surface chargé de signes dont les codifications évoluent et se diversifient dans le temps, comme des espaces de lectures, de déchiffrement, comme des images, comme une planéité favorisant les associations d’idées et les déplacements visuels en condensations d’idées”. Et cet exercice cartographique appartient aux hommes qui vivent dans ces espaces-là comme aux étrangers qui les appréhendent ! Patrice CUJO |